« Peut-on rire de tout? »-Un cas de blague raciste

Un cas de blague raciste

1. La situation

Le texte dactylographié suivant reprend littéralement le texte manuscrit, en corrigeant les éventuelles erreurs d’orthographe :

« L’événement se déroule au sein d’un lycée professionnel (classé en APV) situé dans un quartier sensible d’une ville des Yvelines. L’établissement prépare aux métiers du commerce et de l’industrie, les diplômes préparés étant le CAP et le Bac Pro. La classe concernée est une seconde professionnelle commerce-vente. C’est une classe de 24 élèves où l’ambiance est souvent délicate. Les rapports d’incidents sont fréquents, avec des problèmes de discipline, de manque de respect envers les enseignants et d’absentéisme. Les propos racistes sont également fréquents (le proviseur a fait part, lors d’un conseil de classe, de racisme « anti-Blancs »). L’incident a eu lieu fin janvier 2016 en début de semaine, vers 9h40, pendant la première séance de cours. Les élèves étaient en train de faire des exercices autour des théorèmes de Thalès et de Pythagore. Ils semblaient très agités, le conseil de classe ayant lieu deux jours plus tard. Une alerte retentit. Le professeur, informé qu’il s’agit d’un exercice de prévention (simulation d’un incident chimique avec nuage toxique), fait sortir ses élèves dans le couloir pour un exercice de confinement. Après plusieurs minutes où l’ambiance dans le couloir est relativement calme, la situation se détériore lorsqu’une élève demande autour d’elle les origines de chacun, allant même jusqu’à poser la question à son professeur, qui prend soin de ne pas y répondre. Quelques minutes plus tard, l’élève sort son téléphone portable et annonce qu’elle a de « bons délires » et qu’il faut bien passer le temps. Au même moment, le professeur est interpelé par le chef de secteur, deux des élèves qu’il a autorisés à aller aux toilettes en ayant profité pour ouvrir les fenêtres des toilettes et lancer apparemment des projectiles dans la cour du lycée.  Après avoir consulté son téléphone, l’élève raconte deux « blagues » à ses camarades, l’une relative au mariage blanc, et l’autre à l’avortement. Le professeur demande alors plusieurs fois à l’élève de ranger son téléphone et de mettre fin à « son jeu », du fait de l’exercice mais aussi pour des raisons éthiques, cette forme d’humour étant inacceptable et contraire aux valeurs de la République. L’élève, ne comprenant pas les injonctions de l’enseignant, répète sans cesse : « Mais, Monsieur, il n’y a pas de problème, wesh, je suis Arabe, alors ça ne fait rien ». L’enseignant lui répond que ce n’est pas la question et que les propos restent blessants pour tous. Et l’élève de rétorquer : « C’est grave quand c’est un Blanc qui dit ça, mais entre nous ce n’est pas pareil ». Après l’intervention de son enseignant et d’un collègue qui a également entendu ses propos, elle cesse « ce jeu » sous la menace d’un rapport.  L’enseignant décide toutefois de faire un rapport d’incident. L’élève est alors convoquée avec sa famille chez le CPE, en présence de l’enseignant. Elle admet avoir « déconné ». Le CPE, en accord avec l’enseignant et la famille, opte pour un avertissement. »

Nous avons choisi cette situation dans la continuité du travail que nous avions mené lors du premier semestre. En effet, lors de notre premier dossier d’analyse, la thématique portait sur la laïcité. Nous voulions alors une nouvelle fois traiter une thématique sur la différence, mais cette fois-ci, sur la différence ethnique. Ainsi, nous sommes passées de la différence religieuse, à la différence ethnique, la différence de culture. Nous trouvons que la différence, qu’elle soit religieuse ou ethnique, est considérée comme un tabou au sein de l’Éducation nationale, qu’il s’agit d’un sujet extrêmement dangereux et controversé, comme si la diversité des origines était défavorable à un apprentissage complet et serein. Cependant, certains perçoivent cette diversité culturelle comme une richesse, une occasion de parler de tolérance, et de montrer qu’au sein d’une classe ou d’un établissement, il est possible de vivre ensemble malgré les diverses opinions politiques, religieuses, culturelles, etc.

Cette situation prend place dans un lycée professionnel, mais nous avons choisi de l’adapter au cadre de l’enseignement primaire, car il y a également des problèmes de la sorte en école primaire. Ce choix a donc été fait d’abord par la thématique, le problème proposé, puis ensuite adapté du lycée professionnel à l’école primaire.

L’intérêt de cette situation professionnelle est de comprendre où est la limite de la plaisanterie entre camarades, et où commencent les moqueries et les attaques racistes. Elle permet également d’appréhender la situation du point de vue du professeur, et ainsi de critiquer positivement et négativement ses réactions lors de l’évènement. Ainsi, qu’aurions-nous dit ou fait si une telle situation s’était présentée à nous ?

2. Les questions que pose la situation 

Dans cette situation, c’est le cas d’une élève qui sort son téléphone en plein exercice de confinement pour raconter des « blagues racistes » à ses camarades. Nous allons donc énoncer les problèmes que cela pose du point de vue du professeur, mais également du point de vue de l’élève et des autres camarades de classe.

Pour le professeur, c’est un problème éthique que cela pose. Il doit faire régner l’ordre et veiller au respect des valeurs de la République. Ainsi, lorsque l’élève demande à ses camarades leurs origines, ce n’est pas forcément grave. Il n’y a rien de mal à demander cela à autrui, il faut cependant veiller à ce qu’il n’y ait pas de jugements, ni de moqueries ou d’attaques, et que personne ne soit forcé de répondre à cette question. L’élève demande également l’origine de son professeur : il fait bien de ne pas répondre, il est figure de neutralité, et cela fait partie de sa vie privée. Il faut pouvoir mettre une distance entre les élèves et le professeur afin de rester la figure d’autorité, la figure de celui qui enseigne. De plus, pour nous, le problème ne résulte pas forcément dans le fait de faire des « blagues racistes », mais plutôt dans le fait que l’élève sorte son portable, et malgré plusieurs demandes pour le ranger, qu’elle ne le fasse pas. Ici, le professeur s’est retrouvé à la limite entre vouloir faire rire, et le racisme. Il aurait fallu savoir comment les autres élèves ont réagi à ces blagues. Si tous les élèves ont réagi positivement, alors nous ne sommes pas dans le racisme, nous ne sommes pas dans le manque de respect. Cependant, si un élève, ou si le professeur s’est senti visé, ou mal à l’aise face à ces plaisanteries, alors oui, nous pouvons affirmer qu’il s’agit bien de racisme puisque cela touche à l’identité d’autrui.

Du côté de l’élève concernée, il y a le problème du respect de l’autorité de son professeur lorsqu’elle refuse de ranger son téléphone malgré plusieurs demandes, mais aussi le fait de prendre son propre professeur pour un ami au même titre que ses camarades de classe en lui demandant son origine. La volonté de l’élève est également à considérer : quand elle a raconté les blagues, voulait-elle amuser la galerie, faire rire ses camarades, tuer l’ennui de l’attente ou blesser un autre élève ? L’élève explique qu’elle voulait simplement rire avec les autres car elle s’ennuyait. Dans ce cas, il n’y a pas une once de méchanceté ou de manque de respect envers autrui, et donc cela n’a pas lieu d’être considéré comme du racisme puisqu’elle ne voulait offenser personne. Cependant, ce qui retient le plus notre attention, c’est cette phrase de l’élève : « Mais, Monsieur, il n’y a pas de problème, wesh, je suis Arabe, alors ça ne fait rien […] C’est grave quand c’est un Blanc qui dit ça, mais entre nous ce n’est pas pareil ». Qu’est-ce que ces phrases veulent dire ? Une personne Arabe a le droit de faire des blagues sur l’aspect ethnique, mais pas les Blancs ? Ou bien, lorsque les Blancs font ce type de blagues, ce n’est pas grave ? Ou bien si un Blanc fait ce type de blague entouré de personnes de diverses origines, alors le Blanc est raciste ? Là, nous apercevons peut-être un point important pour l’élève. Il aurait fallu que le professeur en discute, peut-être pas dans le couloir, seul face à la classe, mais plutôt en revenant sur la situation seul à seul avec l’élève. Il aurait également pu rebondir sur ses propos dans le couloir afin d’élaborer un dialogue, et ainsi improviser une session d’EMC pour combler l’ennui des élèves. Cependant, c’est un choix délicat car cela peut dégénérer dans le couloir, il peut y avoir des cris et la situation peut vite devenir incontrôlable. Restons alors sur la première proposition, celle de refaire un point en face-à-face avec l’élève. Cela peut aider à déceler chez l’élève un problème plus profond que ses propos. Peut-être une fois s’est-elle sentie attaquée par une blague sur les Arabes, faite par un Blanc ? Peut-être a-t-elle été victime de racisme anti-Arabes dans sa vie ? Peut-être ressent-elle une injustice entre les Blancs et les Arabes ? Il y a peut-être là un problème d’identité de la part de l’élève. Il manque ici plusieurs éléments, comme le fait que nous ne savons pas si c’est la première fois qu’elle fait preuve de racisme anti-Blancs (même s’il est écrit dans le rapport de situation que l’établissement connaît des problèmes récurrents de ce type-là), et si elle a eu ou non une discussion plus approfondie avec son enseignant.

D’autre part, outre les interrogations liées à l’aspect identitaire et social et à l’autodénigrement souligné par le PES dans son analyse, cette situation pose la question de la communication. La communication est un processus qui permet d’émettre et de transmettre un message par une personne ou un groupe, et de le réceptionner par autrui. On remarque ainsi que la personne qui parle et la personne qui reçoit le message ont toutes deux un rôle dans la compréhension du message. Le décalage qu’il existe parfois entre l’émetteur et le récepteur peut être à l’origine d’une mauvaise interprétation. 

Par ailleurs, on peut aussi se questionner sur le processus identitaire de l’adolescence qui pourrait expliquer certains positionnements des élèves de lycée face à leurs enseignants.

Par ailleurs, dans la situation, la PE fait état d’une sanction suite aux propos de l’élève, mais l’ouverture d’un dialogue, d’un questionnement sur la raison de ses propos reste absente. On peut donc se questionner sur la pertinence d’une sanction réparatrice au détriment d’un dialogue.

3. Dimension réglementaire

Selon nous, cette partie de l’analyse du PES nous semblait complète au regard de l’axe d’analyse de la PES. Suivant son raisonnement, elle aurait aussi pu s’appuyer sur les fiches ressources Eduscol au sujet des sanctions disciplinaires au sein de l’Éducation nationale, qui constituent un outil auquel les membres des équipes pédagogiques peuvent se référer. 

De notre côté, et au regard de nos échanges avec notre entourage, nous avons choisi d’axer notre analyse sur le rire et la communication dans la relation pédagogique. En se basant sur ce choix d’analyse, nous avons souhaité évoquer les programmes scolaires et plus précisément ceux d’Enseignement moral et civique. En effet, dès la maternelle, l’élève doit apprendre à respecter ses camarades, et d’un point de vue plus général, à respecter toutes les personnes qui l’entourent. Bien que l’EMC n’apparaisse pas distinctement dans les programmes de cycle 1[1] (on parle d’une école où les enfants vont apprendre ensemble et vivre ensemble), son enseignement en cycle 2 et 3 est clairement défini. En effet, dans les programmes de 2018[2], on remarque que l’EMC poursuit trois finalités : « respecter autrui », « acquérir et partager les valeurs de la République » et « construire une culture civique ». De plus, ces objectifs pédagogiques sont repris de manière transversale dans les domaines 1 « les langages pour penser et communiquer » et 3 « la formation de la personne et du citoyen » du Socle Commun[3].


[1] Programme de l’école maternelle. BOEN spécial n°2, 26 mars 2015.

[2] Programmes des cycles 2 et 3. BO, 26 juillet 2018.

[3] Socle commun de connaissances, de compétences et de culture. BOEN n°17, 23 avril 2015.

4. Ce qu’en disent des collègues

Lors des temps d’échange dédiés à nos expériences de stage, une étudiante a présenté une situation qui lui a posé problème et qui pouvait s’apparenter à la situation que nous étudions. Lors de son stage, au cours d’une leçon d’histoire, un garçon de CM2 a fait une remarque sexiste. L’enseignante a choisi de répondre à cette remarque par l’humour et l’incident a été clos. L’étudiante, en revanche, s’est interrogée sur la conduite à tenir dans ce genre de situation : comment réagir ? Faut-il en parler ? Si oui, de quelle manière ? S’en est suivi un échange avec notre référent qui a finalement dit : « il faut en parler. Dans ce genre de situation, l’humour permet de dédramatiser les propos sur l’instant mais un incident de ce type ne peut pas être exempté d’un dialogue et pourquoi pas reprendre les éléments polémiques dans une séance en EMC ». Un autre élément est ainsi ressorti de nos échanges en classe : le rire peut être considéré et utilisé comme un outil de communication pouvant servir la relation pédagogique.

C’est pourquoi nous avons choisi d’axer nos recherches sur la communication et le rire dans la relation pédagogique.

5. Les ressources universitaires

Selon Françoise Dolto, l’adolescence est une période de « mutation »[1] dans la vie d’un individu. D’autre part, selon le dictionnaire Le Larousse, l’adolescence est définie comme « la période de l’évolution de l’individu, conduisant de l’enfance à l’âge adulte ». Au regard de ces deux définitions, on peut dire que l’adolescence est une période charnière, une phase de transition au cours de laquelle une personne évolue et se transforme. Toutefois, l’adolescence est appréhendée de manière différente selon l’époque, la société et l’individu lui-même. Il subsiste cependant des éléments immuables, caractéristiques de cette période, à savoir, les transformations physiques et psychologiques qui surviennent lors de la puberté.

L’adolescence est une période de la vie d’un individu marquée par des changements importants des rapports à l’adulte (éducation, relations avec les parents, etc.), à l’enfance et au corps. Elle est marquée par un paradoxe : la quête de valorisation auprès des adultes et dans le même temps, un besoin d’autonomie et d’affirmation de soi. En ce sens, l’adolescence appelle une phase de construction de l’identité, c’est-à-dire une période où l’individu doit pour la première fois faire des choix seul. Comme le dit Deschamps, « l’identité personnelle, c’est ce qui rend semblable à soi-même et différent des autres »[2].

D’autre part, et comme évoqué plus haut, la communication se définit comme l’action d’échanger, de mettre en commun des informations ou des messages pour les transmettre et créer une relation entre individus. Alex Mucchielli, professeur de sciences de l’information et de la communication, définit cinq types d’enjeux de la communication :

  • Les enjeux informatifs : la communication est un acte d’information ;
  • Les enjeux de positionnement d’identité : communiquer, c’est se positionner par rapport à l’autre ;
  • Les enjeux d’influence : communiquer, c’est faire preuve d’influence sur autrui ;
  • Les enjeux relationnels : communiquer, est un acte de concrétisation de la relation humaine ;
  • Les enjeux normatifs : communiquer, c’est proposer un ensemble de normes, de règles qui vont soutenir les échanges.

On remarque ainsi, au regard de la situation présentée, que les deux interlocuteurs ne se situent pas sur le même « niveau » de communication. L’élève se situerait, d’après ce qu’on vient de dire précédemment, sur un enjeu de positionnement d’identité alors que le professeur serait plutôt sur un enjeu normatif. Ce décalage rend primordial l’instauration d’un dialogue. 

La verbalisation, comme forme d’expression et d’explication de phénomènes internes à l’aide du langage, joue un rôle crucial dans l’apprentissage, tant dans l’enseignement obligatoire que dans la formation de la personne et du citoyen. Le dialogue instauré nécessite que la verbalisation d’un vécu, d’un objet de savoir ou d’une expérience, devienne consciente au travers d’une réflexion, d’une remémoration, d’une description fine, d’une (re)formulation. (Nonnon, 2002). Ce dialogue pousse la personne (ici l’élève) à réfléchir à ses propos, à leur portée sur son entourage et à questionner son comportement. Cela ouvre la voie de la réflexion, de la confrontation et de la remise en question.

Le rire peut être défini comme un réflexe physique face à une situation provoquant de l’amusement, de la joie. Toutefois, nos lectures sur le sujet nous ont permis de prendre conscience que cette notion est plus complexe et nous avons ainsi pu dégager deux fonctions distinctes du rire : une fonction sociale et une fonction psychique. Ainsi, dans un premier temps, « rire » peut être défini comme un mode de communication, un message social permettant d’échanger avec les autres, de partager des émotions et des sentiments positifs avec les autres. En effet, Garitte et Legrand expliquent que le rire « s’exprime et trouve son sens véritable dans son rapport à autrui ».

Dans un deuxième temps et comme le développe Bergson, rire permettrait de faire face à des situations complexes en décalage avec nos habitudes, telles que le stress ou les situations gênantes. Ainsi, en riant, l’individu transformerait les émotions négatives en quelque chose de positif.

Par ailleurs, dans l’enseignement, le rire peut occuper des places différentes : on peut le retrouver dans les supports de cours utilisés (charades, jeux verbaux, caricatures…) et il peut aussi désigner un contexte de « classe », c’est-à-dire désigner une relation pédagogique basée sur l’humour.

Le rire est un avantage considérable à la classe, car il est souvent décrit comme un facteur permettant de « [réduire] la tension, [diminuer] l’ennui et [stimuler] l’intérêt »[3].

Au regard de ces différents éléments, on peut donc dire que le rire est intrinsèquement lié à la communication et est reconnu comme un outil sur lequel il est possible de s’appuyer pour construire une relation pédagogique et apaiser certaines tensions.


[1] Dolto, F. (1988). La cause des adolescents, p. 15. Paris : Robert Laffont,

[2] Deschamps, J.C. (1999). L’identité sociale. La construction de l’individu dans les relations entre groupes, p.152. Grenoble : Presses Universitaires de Grenoble.

[3] Dubé, M-B. (2011) La place de l’humour dans l’apprentissage et l’enseignement des langues secondes, Revue d’éducation de l’université d’Ottawa, pp. 4-5.

6. Pistes de résolution de la situation

A travers les points précédents, nous avons déjà pu obtenir quelques pistes de réponses quant à notre situation. De nos échanges avec les autres étudiants de notre classe, nous avons pu mettre en avant un élément important : le rire. Peut-on rire de tout et avec tout le monde ? Où sont les limites du rire, de l’humour ? Le rire, la réaction humoristique peut être un bon moyen de désamorcer une situation compliquée. Cela permet d’éviter d’en faire une situation pleine de tensions, ou alors de stigmatiser l’élève. Ce qui pose problème dans cette méthode, c’est de savoir à partir de quel degré on sanctionne les comportements irrespectueux ? Car si nous pouvons rire de tout, alors pourquoi sanctionner ce type de comportement ?

Il est également ressorti l’idée de questionner l’élève sur ses propos. C’est une idée déjà énoncée dans la partie II (Les problèmes que cela pose). Ceci peut se faire devant toute la classe, et ainsi ouvrir un débat pouvant faire partie d’une séance d’EMC. Cela permet alors travailler sur les stéréotypes et la liberté d’expression, pour essayer de faire naitre une dimension de responsabilité collective et individuelle, et ainsi impliquer la communication. L’organisation d’une discussion réglée ou d’un débat argumenté pourrait permettre aux élèves de construire et de développer progressivement leur culture du jugement. Une séquence d’EMC peut s’appuyer sur des évènements qui se sont passés au sein de l’école et/ou de la classe, pour que les enfants s’identifient mieux car cela provient de leur vie quotidienne. Les exemples peuvent aussi venir de la vie extérieure à l’école. Lors d’un stage, l’une de nous deux était en classe de CM1/CM2, et au retour de la pause de midi, un élève est venu très énervé en classe. Il s’est plaint que dehors, en revenant à l’école pour l’après-midi, il avait été traité de « sale noir » par une mamie alors qu’il voulait simplement l’aider à mettre ses courses dans l’ascenseur. Le PE a entamé directement une séance d’EMC. Lors d’un stage en PS/MS, des élèves de moyenne section comparaient leur couleur de peau et ne comprenaient pas pourquoi elles étaient si différentes. L’enseignante a alors elle aussi commencé une séance lorsque les PS étaient à la sieste pour parler des différences et des ressemblances de chacun. Aussi, il est possible de questionner l’élève sur ses propos, de manière plus intime lors d’une interaction entre l’élève et le professeur, afin d’instaurer un climat de confiance et pouvoir discuter de l’impact de ces propos sur chacun des interlocuteurs. Cela peut provenir d’une blessure plus profonde, c’est le but de cet entretien.

7. Prendre parti

Le positionnement face à cette situation est complexe. Il ne fait aucun doute que cette situation est problématique et nécessite une intervention, un « recadrage ». 

Même si le contexte ne s’y prête pas vraiment, nous pensons qu’il est important d’ouvrir le dialogue avec les élèves dans ce genre de situations. En effet, en évitant le dialogue, en ne questionnant pas ce genre de propos et les raisons qui ont poussé l’élève à les tenir, nous l’invitons implicitement à se replier sur lui-même et, par extension, nous contribuons à renforcer le repli des communautés d’origines diverses sur elles-mêmes. Or, en favorisant les échanges et en créant des espaces de discussion basés sur le respect et la bienveillance, les enfants apprennent à se découvrir, à s’écouter, à s’exprimer, à mieux se connaître et ainsi à mieux vivre ensemble. Le conflit est souvent généré par la méconnaissance, le décalage entre ce que l’on veut dire, ce que l’on dit et ce que l’autre entend. Ainsi, le dialogue est essentiel pour le développement et l’épanouissement des élèves mais aussi pour l’instauration d’un climat bienveillant et sécurisant. 

Par ailleurs, et comme nous l’avons vu précédemment, le rire permet à l’individu de transformer les émotions négatives en des émotions réconfortantes et apaisantes. Ainsi, le rire permet, lui aussi, l’instauration d’un climat de confiance. Il nous semble intéressant de considérer le rire comme un outil pour désamorcer des situations complexes. Toutefois, il ne peut s’affranchir d’un dialogue. Dans le cadre de la situation que nous avons choisie, il aurait été intéressant de questionner les stéréotypes utilisés par l’élève à des fins d’humour et pourquoi pas d’amorcer un travail sur le rire avec pour sujet de débat « peut-on rire de tout ? ». De plus et comme en a témoigné notre débat en classe, ce travail sur les stéréotypes peut être mené dès le primaire. En effet, dans les programmes scolaires des cycles 2 et 3 le « respect d’autrui » est affiché comme une finalité de l’Enseignement moral et civique, et cela passe par un travail autour des notions d’inégalité, de tolérance, de discrimination, de racisme. Ainsi, travailler sur les stéréotypes afin de prévenir les propos et les comportements inadaptés peut être, et doit même être envisagé dès le primaire, car cela permettrait de déconstruire certains a priori et de donner à de jeunes personnes en construction de nouveaux éléments de réflexion.

Toutefois, même si nous sommes parties prenantes du fait que le rire a sa place à l’école, il nous semble très important de souligner que cela doit se faire dans le respect de l’autre et ne pas donner lieu à des moqueries. Le PE est le garant de cette bonne entente et doit être vigilant à ce que cet outil ne soit pas détourné de son but premier, à savoir créer un climat bienveillant et détendu propice aux apprentissages et au développement des relations sociales entre les élèves, mais aussi entre le PE et sa classe.

Pour conclure, nous souhaitions ajouter que ce travail d’analyse nous a permis d’enrichir notre regard sur le métier d’enseignant et sur la relation pédagogique. Quand nous avons choisi de traiter ce sujet, nous pensions aborder les thèmes du racisme et de la liberté d’expression. Toutefois, si ces thèmes sont sous-jacents, nos échanges avec nos référents scolaires et nos camarades de classe nous ont poussées à porter un regard différent sur la situation, et plus généralement sur la relation pédagogique. Ainsi, nous avons pu envisager le rire comme un véritable outil que nous ne manquerons pas d’employer dans notre future vie professionnelle.

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